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Fily Dabo Sissoko, dirigeant du Parti progressiste soudanais
Fily Dabo Sissoko (1900-1964). Président de l'Assemblée territoriale du Soudan (Mali), 1956-58,
dirigeant du Parti progressiste soudanais, assassiné en 1964 au bagne sec de Kidal,
avec Hamadoun Dicko, par le régime du président Modibo Keita

Paule Brasseur
Le bâton et le caïman, ou Fily Dabo Sissoko et la France

in Etudes africaines offertes à Brunschwig.
Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, 1982, 426 pages


“Un morceau de bois a beau durer dans l'eau, il ne deviendra jamais caïman.”

“Nansara sabalka” “nègre blanc” 1. C'est en ces termes que Fily Dabo Sissoko fut salué en 1914 par les pages des Naba 2. Ainsi s'amorça la carrière publique du petit Malinké que son père avait un jour pris par la main pour le conduire à l'école de Bafoulabé, d'où il était entré en 1911 à l'école normale d'instituteurs de Saint-Louis du Sénégal. Il en arrivait frais émoulu à Ouagadougou pour transmettre ses connaissances aux écoliers mossi. Deux ans plus tard, il fut affecté à Dori, encore tout ébranlé par la révolte touareg. A cet itinéraire géographique au coeur de l'Afrique Occidentale Française (AOF) se superpose exactement son itinéraire intellectuel.
Elevé à Horokoto comme un paysan, il s'initia à Saint-Louis, puis à Ouagadougou, à la culture française qu'il ne cessa de pratiquer et se heurta durement à Dori à la matérialité oppressive, déjà entrevue à Bafoulabé, de la colonisation.
Sa triple vocation d'enseignant, d'homme de lettres et d'homme politique, se trouvait ainsi affirmée dès sa vingtième année. Dès lors il exerça sans relâche sa réflexion sur le sort de son pays et de la France, sur les relations entre leurs cultures et l'évolution de leurs rapports politiques 3.
Dans ses nombreux ouvrages, F.D. Sissoko a longuement évoqué son enfance aux villages de Galéma et d'Horokoto, sur le revers de la falaise de Tambaoura, à la limite occidentale du Bambouk 4, ses parents, dont il parle avec tendresse, et ses compagnons, ses travaux et ses jeux de petit berger, toute une vie patriarcale baignant dans le surnaturel et la magie, dont l'aura le suivit partout, même et surtout sans doute pendant sa carrière politique 5. Son attachement aux formes anciennes de la société et de la croyance africaine demeura très fort :

« Ce qui a permis la création d'empires Noirs, ce qui permet encore de parler des Noirs comme d'un tout, c'lest l'existence commune chez eux d'un même type de religion : le fétichisme. » 6

Cependant, malgré de nombreuses survivances pré-islamiques, sa famille était partiellement islamisée, et l'intention de son père avait été de le confier à un marabout très réputé de Gambie avant qu'il n'aille parachever ses études à Boutilimit auprès de Cheikh Sidia Baba. Son enracinement au pays natal lui assura des relations étroites avec les marabouts pieux et vénérés de cette marche du Soudan ; il ne cessa d'ailleurs jamais de proclamer son allégeance à l'islam, notamment à Cheikh Fanta Madi de Kankan dont le prestige avait largement débordé la Guinée, et de rappeler, même à l'Assemblée nationale française, la foi qui était la sienne, tout en se réclamant de l'animisme ancestral 7. Démarche au demeurant tout à fait compréhensible pour un esprit aussi éminemment syncrétiste :

“La Tradition — déclarait-il à l'Assemblée territoriale du Soudan — est un courant de vie constamment alimenté de sucs nouveaux, qui poursuit une course irrésistible vers son Devenir. Elle est mouvement. Et nulle part, le mouvement ne s'oppose au progrès.” 8

A partir de 1911, l'horizon de Fily Dabo Sissoko s'élargit, d'abord un nouveau pays, le Sénégal, puis des condisciples venus de toute l'AOF. Il revint du Sénégal par Conakry et traversa la Guinée, et plus tard tout le Soudan pour aller à Ouagadougou et Dori, et y cueillit des impressions, des images, des souvenirs que l'on retrouve dans son œuvre littéraire, en même temps qu'il ressentait le lien étroit de fraternité qui l'unissait à l'ensemble des populations de l'Afrique de l'Ouest, sans que le Niambia, le Soudan cessent d'être pour lui réalité quotidienne et réalité humaine.
Sous sa plume prennent figure des personnages attendrissants ou comiques, madrés comme purs et naïfs, paysans du Bambouk, écoliers bambara, l'esclave paternel qu'il rencontre à Dori, le guerrier Peul ou Touareg et les conteurs qui apparaissent souvent dans son oeuvre, griots qui racontent l'histoire ou plus simplement hommes d'esprit qui colportent de bons mots, rappellent des proverbes, des paraboles où tiennent l'esprit et la sagesse même du terroir. Lorsqu'il mit un terme à sa carrière d'instituteur pour succéder à son père comme chef de canton, son attachement au pays en fut renforcé. C'est dans cette atmosphère que le vit Birago Diop, jeune vétérinaire à Bafoulabé :

« Le Sage de Niambia, l'Initié guidait mes premiers pas sur la terre mandingue […] Fily Dabo Sissoko ouvrait le Soudan sacralisé, le Manding ésotérique. Philosophe, ethnologue, géomancien, il lisait les Signes, il disait les Signes. Il disait son peuple et son terroir. Il enseignait comme ses Anciens que la Mort ne finit pas l'Ame. » 9.

Cette communion avec les forces profondes et cachées explique son goût pour l'histoire de son pays. Grand connaisseur des tarikh, il l'est aussi de la tradition orale, maintes fois utilisée dans son œuvre littéraire. L'environnement évoque constamment pour lui le passé : embarquant sur le Niger à Koulikoro, il pense à Sumanguru Kante disparu dans la montagne de Nianankuru après sa défaite de Kirinalo; à Ouagadougou, il s'imprègne de la grandeur de l'empire mossi ; au Wagadu, il évoque les cycles épiques des Kusa, du Dinya et du Diara. Il supportait mal les remises en question et les falsifications de l'histoire. En 1948, il répliqua vivement à Pierre Deloncle qui avait dépeint Samori sous les traits d'un marchand d'esclaves, cruel et sanguinaire :

« Le personnage qui surgit à l'instant suprême de la résistance, se dresse, galvanise toutes les énergies pour la défense de la terre des ancêtres et qui succombe finalement, mérite plus que le sarcasme des historiens. Samori en fut un. » 11

Il se scandalisa de la représentation par les maîtres et les élèves de l'école WilliamPonty d'une pièce où Samori était caricaturé 12. Il portait vraiment en lui le passé glorieux de son pays, le voulait proche de tous, à la fois souvenir et exemple.

La grande découverte de ses années de jeunesse fut celle de la lecture, lecture qui ne l'écarta pas obligatoirement de l'Afrique, puisqu'à la bibliothèque du gouvernement du Sénégal, il eut en mains des récits de voyage, Barth, Monteil, Binger 13. Mais qui lui permit d'accéder à la culture française, profondément désirée. Il est significatif que les portraits d'Européens les plus attachants qu'il ait tracés soient ceux de ses maîtres qu'il admire pour leur savoir, leur amour du métier, leur doigté psychologique envers les élèves :

C'est surtout à Ouagadougou que l'administrateur Froger 15, en lui apprenant à analyser les textes de façon moins “primaire” quà l'école de Saint-Louis, l'introduisit véritablement dans la littérature d'Occident, des anciens aux modernes et aux contiemporains ; à Dori, il continua à dévorer ce que contenait la bibliothèque, avec ungrand éclectisme, passant de Tacite à ces Chansons de Bilitis qu'il aimait tant à citer.

A Dori, F.D. Sissoko allait connaître une autre initiation qui le marqua non moins profondément. Peu de temps avant son arrivée, la ville avait subi le contre-coup de la révolte de Firhoun en 1915 16. Après l'écrasement des Touareg de l'Oudalen à Tinalaback, la répression s'était abattue sur la population, cruelle, injuste, menée brutalement par le commandant de cercle. L'incident le plus grave, le plus scandaleux, fut le massacre de dix-neuf Maures Kounta qui venaient du Hodh et étaient étrangers à la rébellion. Ce bain de sang, qui a inspiré à F.D. Sissoko le titre d'un recueil de souvenirs, La savane rouge, fut, dit-il, le point de départ de sa méditation sur la colonisation. Il se remémora d'autres excès, d'autres brutalités et exactions dont il avait déjà été témoin à Bafoulabé 17 et qu'il a stigmatisés vigoureusement dans différentes publications.

Il estimait cependant que cruautés et injustices étaient facilitées par la complicité de certains Africains, gardes-cercles, interprètes, domestiques, concubines, conscients que le prestige du Blanc rejaillissait sur eux et prêts à faciliter les abus quand ils ne les commettaient pas eux-mêmes :

« Je citerai seulement l'affaire Thomas à Dori en 1917 où 59 assassinats furent commis, grâce:à la négligence de quelques Blancs, par les Noirs faisant partie de la maison de certains administrateurs. »

Hormis des circonstances exceptionnelles comme une rébellion, il jugeait néfaste le rôle des interprètes qui servent d'écran entre la population et l'administrateur obligé de faire appel à eux, de même que les juges manquent généralement de compétence en matière de coutumes locales et se laissent abuser :

« Le travail de bureau des administrateurs est inutile, vicié dans son essence par la politique des intermédiaires et les cabales intéressées […] Notez bien que ces interprètes, comme les autres Noirs de l'Administration, ne sont nullement choisis parmi les meilleurs d'entre nous : dès lors ils profitent de leur situation pour monter des intrigues et satisfaire leurs rancunes. » 18

D'aucuns pourraient objecter que La savane rouge n'a été publiée qu'en 1962, après l'indépendance du Mali, dans un autre contexte politique donc ; mais, dès 1929, F.D. Sissoko avait livré pour la première fois au public des réflexions sur la colonisation, qu'il répéta à diverses reprises. Son premier grief alors concerne l'appropriation par l'Etat de la terre soudanaise, au mépris des droits ancestraux 19, même dans les pays avec lesquels avaient été signés des traités de protectorat tombés en désuétude, puis le travail forcé responsable du dépeuplement des campagnes. Il dénonce les abus du haut négoce qui sous-paye son personnel, la charge excessive de l'impôt de capitation, souvent acquitté en nature (arachide), et la spéculation qui faisait doubler les prix une fois le montant de l'impôt encaissé ; la réserve de la population vis-à-vis de l'Assistance médicale indigène (AMI), faute d'un personnel compétent et persuasif, qui irait aux Noirs et leur inspirerait confiance ; enfiin l'utilisation du budget à des fins de fonctionnement et non d'équipement.

L'instituteur se plaint du budget restreint de l'Instruction publique : vingt-cinq pour mille seulement de scolarisés, des instituteurs mal formés, comme la plupart des fonctionnaires indigènes :

« On leur inculque juste les notions indispensables pour ne pas leur apprendre la manière de prendre la Bastille. » 20

En conclusion, il propose une évolution des populations noires suivant leur génie propre, par le retour à la justice coutumière, la revalorisation, mais aussi la surveillance stricte de la chefferie, la suppression à bref délai des interprètes, la mise en place d'administrateurs sérieux et qui ne méprisent pas leurs administrés, la disparition du travail forcé et la répression de la spéculation commerciale, tout en favorisant l'obtention de la nationalité française par ceux qui en seraient dignes et la diffusion de la langue française dans la masse.

A partir de la définition donnée dans cet article, “la colonisation est un essai d'évolution imposé à un peuple ou un groupe de peuples' avec des intentions égôistes au début, humanitaires vers la fin, d'où s'ensuit le séparatisme”, il dégage en 1936 les systèmes suivant lesquels pourrait s'organiser l'évolution, une fois dépassé le stade de la coercition brutale. Le séparatisme ne lui semble plus nécessaire, et il envisage soit la formation de dominions, soit l'intégration pure et simple (URSS) ou mitigée (France, Italie …) Il choisit pour sa part “la colonisation sous son aspect humanitaire (formule SFIO) suivant l'exemple donné par l'URSS en Asie centrale”, ce qui laisse pour le moins rêveur 21

En pratique, F.D. Sissoko entre les deux guerres n'aperçoit pas à court terme la fin de la colonisation et cherche à s'accommoder du système pour lui-même, en se demandant comment l'améliorer pour ses concitoyens. Rendant compte de l'ouvrage d'Emile Perrot 22, il s'enthousiasme car il y retrouve son propre point de vue sur les moyens de sortir l'Afrique de ce que l'on n'appelait pas encore le sous-développement : paix, sécurité, politique sanitaire, rénovation des moyens de production, meilleure répartition des richesses. Quant au problème de l'émancipation politique, il le résoud en termes de service des élites formées par la nation colonisatrice à l'endroit de leurs compatriotes 23. Ce ne sont pas là des propos révolutionnaires, certes ! Mais quelles voix s'élèvent alors en AOF pour réclamer un autre statut ?

Chef du canton du Niambia depuis 1933, F.D. Sissoko détient une parcelle du pouvoir du colonisateur. Il utilise ses loisirs à des recherches sur la société et la religion soudanaises, il entretient une correspondance avec des savants célèbres, Bergson, LévyBruhl, A. Chevalier… et se complaît dans cet épanouissement 24. Malgré tout, comme le disent ses administrés, il demeure d'abord un homme des temps anciens 25. S'il évoque les Noirs occidentalisés qui ont brillé notamment dans les lettres, Esope, Blyden, René Maran, pour démontrer leur aptitude culturelle, sa tendresse profonde va aux lettrés de Tombouctou, Mohammed Bagayogo, Es-Sadi, Mahmud Kati, et surtout El Hadj Omar pour son oeuvre spirituelle et politique qu'il compare à celle d'Hannibal 26.

Aussi ne faut-il pas s'étonner de son irritation devant certains de ceux que l'on nomme déjà “évolués”. Dès 1914 à Ouagadougou, “sur maints regards — écrit-il — nous avons lu l'envie intense de se muer en blanc” 27. Il réserve donc ses critiques les plus acerbes aux faux intellectuels dont il trace des portraits souvent savoureux 28 :

En résumé “des prétentions, de la jactance, de véritable élite, point”. Analysant dans le détail les modalités de la politesse africaine, il montre les perturbations apportées par la colonisation en regrettant que tant d'évolués, “Noirs à lorgnons, amateurs de cinéma, de bimbeloterie, de sacs à mains, de gants, de cartes de visite aux titres ronflants, se démènent gauchement par-ci par-là à singer les Blancs,” alors que lui-même préfère la politesse du cœur que ressentent aussi beaucoup dEuropéens 29.

En 1937, au Congrès de l'évolution culturelle des peuples coloniaux tenu à Paris au moment de l'Exposition internationale, F.D. Sissoko envoya une communication sur ce sujet qui lui tenait à cœur 30. Il s'ensuivit une controverse dans la presse sénégalaise au début de 1939 entre F.D. Sissoko et Ousmane Socé Diop 31. Originaire de Rufisque donc citoyen des quatre communes 32, celui-ci prit la défense de la doctrine assimilationiste, comme en 1942 dans sa contribution à une enquête sur le même sujet lancée parmi la jeunesse africaine par Dakar-Jeunes 33, à la demande, semble-t-il, du gouverneur général Boisson ; mais le journal refusa de publier la réponse de F.D. Sissoko. La lecture des articles de Dakar-Jeunes permet par comparaison d'approfondir sa propre pensée. Il ne rejetait nullement la culture occidentale, mais il craignait une dépravation de l'esprit africain à la base, dans l'éducation familiale notamment, et l'apparition d'une civilisation bâtarde, sans les valeurs fondamentales de celles dont elle procéderait, aspect que, de leur point de vue d'évolués, n'évoquaient pas les jeunes intellectuels, pourtant désireux de préserver leur vieux fonds culturel.

Ce texte, dont il élimina l'argumentation polémique, fut lu, avec quelques autres émanant du Cercle des Evolués de Brazzaville, par le gouverneur général Eboué 34 à la séance du 3 février 1944 de la conférence de Brazzaville 35. Inquiet devant les différences de niveau culturel des populations d'Afrique, il ne voyait pas la possibilité de leur appliquer la même formation, mais répugnait à la création d'une élite au détriment de la masse, ce qui lui faisait rejeter l'assimilation, ruine du colonisé par la stérilisation de ses éléments fondamentaux, mais aussi péril mortel pour le colonisateur, noyé dans la masse des assimilés. Rappelant qu'il appartenait à l'une des deux ou trois premières générations de Noirs qui se disent “évolués”, il déclarait :

« Pour notre part, soit orgueil, soit impéritie, nous n'avons jamais éprouvé, à cet égard, l'enthousiasme parfois délirant de la plupart de nos congénères. Nous n'avons jamais réalisé que cet enthousiasme fût pour nous source de mépris pour les autres moins favorisés et qu'il nous fit renier notre sang, notre passé, et qu'il nous obligeât à singer les Blancs. »

Et il insistait :

« Si c'est être assimilé que méconnaître ce fond spécifiquement nègre, nous avouons ne pas comprendre et, au surplus, refusons notre acquiescement. »

Du fond du Niambia, vêtu du boubou traditionnel qui n'était pas alors l'uniforme des militants nationalistes, F.D. Sissoko, s'opposant catégoriquement à Jean-Rémy Ayoumé qui réclamait “l'extension intégrale en Afrique de la civilisation occidentale”, souhaitait “que le Noir reste noir de vie et d'évolution, que le Blanc essaie par tous les moyens appropriés de faire évoluer le Noir selon sa ligne d'évolution presque noire”.

Sa pensée quant à l'aspect purement politique de la question, avait été confortée par certaines communications au congrès de 1937, notamment du gouverneur du Niger, Roger Court. Bien que le terme fût peu heureux et qu'il lui préférât coopération, plutôt qu'à l'assimilation sa préférence allait à l'association 36, une association dont Court, convaincu de l'existence d'une civilisation africaine originale, avait pensé qu'elle pourrait être poussée un jour jusqu'à l'égalité politique au sein de l'Empire 37.

En 1945, F.D. Sissoko entra dans la vie politique. Envoyé à la première Assemblée constituante par le deuxième collège, il fut dès lors constamment réélu jusqu'à l'Indépendance 38. Sa campagne électorale reprit les thèmes qui avaient alimenté ses écrits en les durcissant : égalité de tous devant la loi comme devant les salaires, suppression du travail forcé, émancipation des femmes, alignement des programmes scolaires sur la France, enseignement bilingue 39. A l'Assemblée, sa position fut celle de tous ses collègues — noirs — d'outre-mer : obtenir le maximum de concessions de la part du colonisateur. Les travaux de la commission de la constitution ne reposèrent pas sur les recommandations de la Conférence de Brazzaville, mais sur les avant-projets des partis politiques ; intérêts et idéologies s'affrontèrent vivement. La constitution fut repoussée par le référendum du 5 mai 1946.
A la deuxième constituante, déjà plus à l'aise dans la vie parlementaire, F.D. Sissoko intervint longuement 40 à propos du titre VIII de la constitution pour rappeler les liens créés par la colonisation et réclamer l'intégration dans la nation française, mais en tant que citoyens à part entière, avec un collège électoral unique

« pour éliminer les gangsters qui croient que l'évolution humaine n'est pas possible, que le Noir peut rester corvéable à merci, que le travail forcé doit être rétabli. »

Il insista longuement sur l'attachement des Africains à leur sol, à leurs traditions, en revendiquant l'aide de la France pour arriver à l'égalité entre les pays membres de lUnion française :

« Nous n'avons qu'une seule possibilité d'émancipation à l'heure actuelle, celle de rester Français. Nous sommes tellement Français que nous voudrions rester avec vous jusqu'à la fin des temps. » 41

Bien qu'il ne sous-estimât pas dès lors le malaise politique, il affirma nettement que le problème se posait au niveau social : “Il se traduit par des mesures économiques à prendre, par des mesures sanitaires, par des mesures d'éducation.” 42 La déception des élus d'outre-mer, qui, hormis L.S. Senghor, avaient été absents de la commission de la constitution, fut grande devant le texte définitivement adopté et nettement en recul par rapport au projet précédent.

La base de l'action politique de F.D. Sissoko demeurait au Soudan 43. En 1946, au moment du congrès constitutif du Rassemblement démocratique africain (RDA), il souhaita s'abstenir, mais sous la pression de ses électeurs, il dût accepter à son corps défendant la présidence de la première réunion. Il proclama qu'il était français et traditionaliste et non communiste. Il rompit peu après avec le nouveau parti, ce qui lui fut reproché notamment par Félix Houphouët-Boigny qui affirma que son poste de sous-secrétaire dEtat au Commerce et à l'Industrie, ainsi que sa participation à la délégation française aux Nations Unies étaient la récompense d'une telle attitude 44.

Ses partisans créèrent un nouveau parti, le Parti progressiste soudanais (PSP), majoritaire à l'Assemblée territoriale jusqu'en 1956, et qui devint en 1958 Parti du rassemblement africain (PRA).

A l'Assemblée française, F.D. Sissoko, s'il ne fut pas un grand ténor parlementaire comme L.S. Senghor ou Lamine Guèye, se consacra activement à la défense des intérêts de ses électeurs et de tous les Africains en général, suivant les vues qui avaient toujours été les siennes. C'est ainsi qu'il réclama de véritables chefs de canton en raison notamment de la suppression de l'indigénat :

« Emanation de la volonté populaire […], le chef de canton n'est pas le satrape que certains supposent. Il est le père de famille de toutes les collectivités formant le canton. Soumis aussi à un certain nombre de règles religieuses, il est irremplaçable. » 45

Il fut l'auteur avec F. Houphouët-Boigny :

Mais la grande affaire de ces années de vie parlementaire fût la défense de l'Union française. Il s'agissait pour lui d'en faire une réalité vivante et non un cadre factice dénué de signification, simple paravent pour couvrir au-delà même des injustices une situation peu différente de la colonisation d'avant-guerre, l'égoisme et la politique à courte vue de la métropole facilitant par ailleurs les manœuvres de ceux qui souhaitaient en sortir.

Il attaqua avec Senghor “la vieille politique indigène du donner et du retenir” susceptible d'une remise en cause de l'Union française. Il rompit des lances avec Louis Marin à propos de la représentation afrîcaine au Conseil de la République qu'il jugeait insuffisante :

« Nous sommes des citoyens français comme vous, nous votons des lois qui concernent uniquement la métropole, mais nous acceptons que vous participiez au vote de lois semblables chez nous. Voilà la solution ! »

Au moment de la discussion de la loi de Lamine Gueye, il réclama la suppression de toute discrimination parmi les fonctionnaires, à qualification égale, les écoles qui permettent l'égalité des chances, accompagnée de l'égalité des devoirs, des responsabilités et du prestige 47. Il se plaignit que le Code du travail outre-mer ait été discuté devant une salle vide :

« Il faut que l'Assemblée nationale se persuade que c'est dans les territoires d'outre-mer que se trouve la plus grande tâche à accomplir. »

Au cours des mois d'avril et mai 1951, il intervint à diverses reprises à propos de la loi électorale pour réclamer à nouveau le collège unique, l'augmentation du nombre des députés et rejeter toute forme de discrimination, décidé comme les autres élus d'outre-mer à voter contre le gouvernement 48.

Le 27 mai 1953, au moment de l'investiture de Paul Reynaud comme président du conseil désigné, parlant au nom de l'interparlementaire d'outre-mer, il lui reprocha de n'avoir rien prévu par et pour l'Union française, en vue du redressement du pays menacé par la guerre au Vietnam, l'inquiétude au Maghreb, un marasme économique prononcé dans les territoires d'outre-mer, la métropole investissant à l'étranger au lieu d'acheter les produits d'outre-mer aux prix d'achat pourtant inférieurs aux cours mondiaux 49 ; mêmes reproches l'année suivante lors de l'investiture de A. Pinay, celuici ne se décidant pas à promouvoir les investissements en Afrique, donc l'expansion économique et sociale 50.

Cependant en 1958, poussé par l'inquiétude que lui inspiraient les craquements de l'Union française, il se rangea aux côtés du gouvernement pour dire halte au désordre en Algérie 51 .

Il ne limita pas son action à la vie parlementaire ; il fit des conférences et publia des articles toujours sur le même sujet 52. Une polémique l'opposa notamment au général Béthouart, sénateur des Français du Maroc 53. Ayant réclamé pour les pays d'outre-mer le droit de gérer leurs propres affaires, de prendre des initiatives que la constitution de 1946 permettait parfaitement, il rejeta une nouvelle fois la politique d'assimilation, comme l'idée de fédération, et se fit le champion de ce qu'il appelait l'intégration. A quoi Béthouart répliqua qu'il s'agissait de pur fédéralisme. Colère de F.D. Sissoko qui vit là une résurrection de la vieille notion d'Empire avec l'éviction des députés d'outre-mer de l'Assemblée nationale, étant bien entendu que les populations d'AOF ne réclamaient pas les deux cents sièges au Parlement auxquels elles auraient statistiquement droit. Très vite d'ailleurs il abandonna le terme d'intégration pour celui de fusion:

« Elle suppose l'apport et la mise en commun de tous les éléments, de toutes les richesses spirituelles, de tous les moyens du patrimoine national — du passé comme de l'avenir de tous. » 54

La confusion apparente de la pensée et le flou du vocabulaire cachent une anxiété qui va s'affirmer dès le courant de l'année 1955, laissant là le vieux dilemme assimilation-association : inquiétude d'abord vis-à-vis de l'Europe et du rôle qu'y jouera l'Union française, avec une Eurafrique qui permettrait à l'Allemagne de “reprendre pied en Afrique au détriment de la France ” 55, inquiétude aussi devant une politique économique n'assurant pas l'essor de lAfrique et qui annonce le “néocolonialisme” d'après les indépendances, inquiétude surtout devant l'évolution en Afrique noire même et le désengagement de la France qu'il pressent.

Soutenu par l'administration française contre le RDA, notamment aux élections, il se rend compte que celle-ci remodèle son attitude face à la montée du parti rival : ainsi,

sont les signes avant-coureurs d'une évolution qui va se précipiter. Aux élections législatives de 1956, Hamadoun Dicko et lui-même sont les seuls élus du PSP face aux deux du RDA, Modibo Keita et Mamadou Konaté. La mort de celui-ci, à qui l'unissait une amitié que n'avaient pas entamée leurs divergences idéologiques, l'isola davantage, bien qu'il ait été réélu sans difficulté. Aux élections à l'Assemblée territoriale en 1956, le rapport des forces s'inversa. A celles de 1957, le PSP n'obtint plus que six sièges sur soixante-dix. Le PSP regroupait les chefs traditionnels, et R.S. Morgenthau pense que là résidait sa faiblesse, car ceux-ci, désireux de protéger leur indépendance, ne se préoccupèrent pas de structurer leur parti et laissèrent trop d'initiative à F.D. Sissoko. La fondation tardive du Syndicat des chefs coutumiers ne parvint pas à enrayer la chute du PSP. La loi-cadre et l'intallation du premier conseil de gouvernement mirent le Soudan entre les mains du RDA, tandis que la balkanisation de l'AOF fut pour F.D. Sissoko un autre sujet de contrarîété :

« Notre acquiescement ne saurait aller, en aucun cas, à toute tentative, toute velléité de mise en place d'un système qui tendrait à la dislocation d'un ensemble qui a prouvé sa viabilité dans les cinquante années de son existence déjà longue, mais loin d'être vermoulu ou vétuste. » 56

Il s'achemine cependant vers l'idée de l'indépendance qu'il ne peut pas ne pas réclamer 57, mais qu'il n'envisage pas sans le maintien de liens préférentiels avec l'ancienne métropole :

« l'Indépendance nationale signifie pour nous du PRA la consolidation de liens franco-africains. Car, si demain, la France nous accordait, dans l'amitié, cette indépendance, nos préférences, dans tous nos rapports avec d'autres nations iraient incontestablement à elle d'abord. » 58

Faut-il voir, dans cette crainte d'une dislocation rapide de ce qui avait été l'Union française, la raison du silence qu'il observe dans ses écrits à l'endroit du général de Gaulle ? La création de la Fédération du Mali fut pour lui un grand espoir, l'assurance que le Soudan n'allait pas se replier sur lui-même, mais s'épanouir au sein de futurs Etats-Unis d'Afrique. Elle motiva probablement sa grande erreur politique qui fut la fusion du PRA avec l'US-RDA le 31 mars 1959. F.D. Sissoko demeura d'ailleurs à Dakar, comme conseiller technique au ministère de lEducation, toute la vie éphémère de la Fédération.

Arrestation, condamnation à mort, assassinat

Son arrestation, sa condamnation à mort commuée en détention à perpétuité au fort de Kidal, son assassinat n'eurent que peu de retentissement en France, une information vite arrêtée par le contre-communiqué des autorités maliennes, une protestation du parti socialiste, guère plus 59

Conclusion

Fily Dabo Sissoko avait été le témoin lucide des abus et des faiblesses de la colonisation française, mais il croyait aux droits de l'homme, à l'idéologie de la Troisième République, aux liens qu'il avait noués avec le personnel administratif et les hommes politiques français ; nul doute qu'il ne ressentit avec peine son abandon lorsque la conjoncture politique ne lui fut plus favorable. Pris dans les remous de la décolonisation et les retombées sur l'Afrique des tensions internationales [la guerre froide], affronté à une idéologie qu'il ne partageait pas et plus encore à des ambitions sans merci, Fily Dabo Sissoko fut rapidement éliminé.
Le visage oblitéré par la propagande de ses ennemis, son souvenir s'est peu à peu estompé parmi les siens…

Notes
* Je remercie Sékéné-Mody Sissoko de m'avoir rappelé cette sentence que F.D.S. aimait souvent dire en français.
1. Exactement nasara sabeigha “Européen noir”.
2. F.D.S., Les Noirs et la culture. Introduction au problème de l'évolution culturelle des peuples africains, New York, 1950, p. 47
3. Né sans doute avant 1900 à Horokoto (canton du Niambia, cercle de Bafoulabé, Soudan français), il entra en 1911 à l'école normale de Saint-Louis et en sortit en 1914.
Après diverses affectations, il fut mis en disponibilité en 1933, puis en service détaché en 1937 pour devenir chef du canton du Niambia.
Député du Soudan à la première constituante, il fut constamment réélu jusqu'en 1958. Grand conseiller de l'AOF pendant la même période, il fut aussi président de l'Assemblée territoriale du Soudan de 1953 à 1956.
Arrêté en 1962, il fut assassiné en 1964 à Kidal où il était détenu. Certains textes qu'il a écrits sont repris d'un ouvrage à l'autre ; il n'est pas toujours facile de déterminer à quelle date ils furent rédigés.
4. Voir notamment F.D.S., Crayons et portraits, Mulhouse, 1953, pp 5-30.
5. Lansiné Kaba, The Wahhabiyya : Islamic Reform and Politics in French West Africa, Evanston (Il.), 1974, pp. 178 et 181-183.
6. F.D. Sissoko et G. Monod-Herzen, “Le Soudan français”, Europe 19, 1929, pp, 246-261, repris dans Une page est tournée. 21 série (Voix sans écho), Dakar, 1960, p. 3.
7. Voir Kaba, op. cit , pp 182-183. G. Monod-Herzen a bien voulu par ailleurs évoquer pour moi l'amitié qui l'a lié à F.D.S. au sein de la Société théosophique de France dont il était un membre fervent.
8. Session budgétaire 1956 de l'Assemblée territoriale du Soudan (compte rendu sténo.), p. 24. Voir aussi le témoignage de George Gorse, “Retour en Grèce ou la défaite de Samothrace”, Revue des deux Mondes, oct. 1979' p. 36
9. Birago Diop, La plume raboutée, Paris-Dakar, 1978, p. 102.
10. F.D.S., La savane rouge, Paris, 1962, p. 3 5. Il s'agit d'un épisode de la geste de Soundata Keita, le fondateur de l'empire du Mali.
11. F.D.S., Une page est tournée. IIIe série (Voix perdues), Dakar, 1959, p. 5.
12. Cette pièce de théâtre intitulée Le dernier rendez-vous de Péroz à Bissandougou ne fut pas jouée à Paris en 1937, comme le dit F.D.S., mais à Dakar Crayons et portraits, p. 79, Les Noirs et la culture, p. 45.
13. La savane rouge, p. 20.
14. Crayons et portraits, pp. 33-35, 45, 47-48, 48-49.
15. Fernand Froger (1876-1934), à qui La savane rouge est dédiée et les pages 43-47 consacrées, et à qui F.D.S en toute occasion manifeste reconnaissance et affection, était adjoint au commandant de cercle de Ouagadougou. De graves troubles de santé semblent avoir compromis la carrière d'un homme dont la culture était probabement exceptionnelle à l'époque parmi les fonctionnaires d'Afrique et qui porta beaucoup d'intérêt à ses administrés, à leurs coutumes et à leur langue comme en témoignent les deux volumes qu'il publia sur le morë en 1910 et 1923. Divers incidents que F.D.S. n'a pas pu ne pas connaitre, notamment des sanctions intempestives prises à Bobo-Dioulasso contre un chef de canton et son village qui lui valurent d'être muté (renseignement de Marc Michel), n'altérèrent pas leurs relations.
16. La savane rouge, pp 95-130.
17. Crayons et portraits, pp. 33-42, également la poésie intitulée “L'hippopotame de Bafoulabé”, in Les jeux du destin, Paris, 1970. Ces drames ne demeurèrent pas totalement impunis. Certains fonctionnaires furent révoqués, jugés (aux Assises) et condamnés.
18. “Le Soudan français”, art. cit, repris dans La savane rouge, notamment p 125. Voir aussi l'anecdote Condio et l'interprète, in Crayons et portraits, pp. 71-73.
19. Il signalait effectivement la possibilité pour l'indigène d'obtenir en ville une concession par construction sur un terrain vague.
20. “La co1onisation (ses buts, ses tendances, sa fin)”, in Une page est tournée. 21 série, pp. 1-11. F.D.S. dit avoir rédigé dès 193 6 ce texte publié en 1960.
21. Ibid, pp. 12-20.
22. E. Perrot, Où en est l'Afrique occidentale française ? Mission en Côte d'Ivoire, Haute-Guinée, Soudan, Sénégal, Paris, 1939. L'analyse qu'en fit F.D.S a été publiée dans Une page est tournée. 21 série, pp. 20-35.
23. Ibid , pp. 32-33.
24. De passage à Bafoulabé, Emile Perrot (op. cit., p. 94), professeur à la Faculté de pharmacie de Paris, s'étonna de rencontrer un esprit aussi curieux, instruit et connu à l'étranger : “Il me surprend par son érudition, il est regrettable que sa vie modeste et son éloignement ne lui permettent point de venir de temps à autre, prendre contact avec nos savants.”
25. Diop, op. cit., p. 102.
26. Les Noirs et la culture, pp. 35-39. Le Bambouk avait été islamisé par El Hadj Omar. Est-ce de cela que F.D.S. lui est reconnaissant ? Plus tard au moment des luttes politiques après la Seconde Guerre, c'est parmi les populations hostiles aux Tall que son parti rencontrera le plus d'audience.
27. Ibid, p. 47.
28. Crayons et portraits, pp. 75-79, Les Noirs et la culture, pp. 42-44.
29. F.D.S., “La politesse et les civilités des Noirs”, Bulletin de Recherches soudanaises (Koulouba), oct 1936, pp. 178-192.
30. Congrès international de l'évolution culturelle des peuples coloniaux. 26, 27, 28 septembre 1937 Rapports et comptes rendus, Paris, 1938. Communication de F.D.S., pp. 116-122, reprise dans Les Noirs et la culture. Il n'a pas été possible de retrouver au Musée de l'Homme les archives de ce congrès tenu sous la présidence de P. Rivet et P Crouzet, M. Griaule étant secrétaire général.
31. Ces articles n'ont pas été retrouvés dans la presse consultée à Paris comme à Dakar et Bamako, ni même le nom, du journal où ils furent publiés. Le souvenir n'en a pas été gardé, semble-t-il, par les témoins de l'époque.
32. Ceux-ci jouissaient de la totalité des droits des citoyens français, tout en conservant leur statut personnel A leur propos, voir G. Wesley Johnson, “The Senegalese Urban Elite, 1900-1945”, in P.D. Curtin (ed.), Africa and the West. Intellectuel Responses to European Culture, Madison (Wisc.), 1972, pp. 139-187 Un certain nombre de Soudanais aisés, vivant le long de la voie ferrée, envoyaient leurs femmes accoucher à Dakar pour que leurs enfants bénéficient de la citoyenneté.
33. Dakar-Jeunes, 1942. ANS, bi 11, 81 46.
34. Les deux hommes s'étaient liés lorsque Eboué était secrétaire général du Soudan en 1934-1936.
35. F.D.S , “L'évolution et la colonisation en AOF”, Renaissances 1, 1944, pp. 3-4 et 247-252 ; “L'évolution à l'œuvre”, ibid., pp. 253-257. Ces textes ont été publiés aussi in extenso dans La conférence africaine française, Brazzaville, 30 janvier 1944-8 février 1944, Paris, 1945, pp. 98-111. L'auteur les a ensuite repris dans Les Noirs et la culture.
36. F.D.S. s'inspire fortement de J. Harmand, Domination et colonisation, Paris, 1910, notamment p. 163.
37. Court, “L'évolution culturelle au Niger”, in Congrès international de l'évolution culturelle..., op. cit., notamment pp 94-95. Court admettait l'assimilation intégrale comme alternative.
38. D'abord affilié à l'URR (Union des républicains et résistants) proche des communistes, il rejoignit au début 1947 le groupe socialiste. Voir sa communication à la conférence nationale pour le relèvement de 1a condition humaine outre-mer, Suresnes, 3-4 mars 1951 (“Le socialisme et l'Afrique”, Bulletin intérieur du Parti socialiste SFIO 56, juin 1951, pp. 9-11), qui affirme 1a supériorité de la société africaine égalitaire.
39. F.D.S., Profession de foi du 21 septembre 1945, Bamako.
40. Deuxième constituante. Comptes rendus, 11, pp. 3819-3821.
41. Sans doute convient-il de rappeler que l'indépendance fut réclamée clairement pour 1a première fois dans Les étudiants noirs parleni. Paris, 1953. Voir Y. Benot, Idéologie des indépendances africaines, Paris, 1969, p. 65.
42. Deuxième constituante. Comptes rendus, II, p. 3821.
43. Pour suivre l'évolution politique du Soudan de 1945 à 1960, voir Ruth Schachter Morgenthau, Political Parties in French-Speaking West Africa, Oxford, 1964, pp. 255-300; favorable au RDA, l'auteur analyse finement la politique qui en quelques années fit de l'Union soudanaise la première force du pays, sans porter sur F.D.S. de jugement défavorable comme le firent ses adversaires après la mort de Mamadou Konaté. L'ouvrage de Edward Mortimer (France and the Africans. A Political History, Londres, 1969) qui envisage l'AOF dans son ensemble est également précieux.
44. Le Rassemblement démocratique africain dans la lutte anti-impérialiste, Paris, 1948, p. 19
45. Assemblée nationale VI, 18 mars 1947, p. 4184. Il rejoint presque dans les mêmes termes la pensée d'Eboué dans La nouvelle politique indigène pour l'AEF, n.l. [Alger], 1945. Par contre la suppression des chefs de canton était une priorité du programme RDA.
46. Assemblée nationale, Impressions, n° 446 du 19 fév. et 574 du 5 mars 1946 ; 630 du 8 mars 1946 (avec J. Félix Tchicaya) ; 636 du 12 mars 1946 ; 729 du 20 mars 1946 ; 587 du 14 fév. 1947, avec les membres du groupe socialiste.
47. Assemblée nationale, Débats, 31 déc. 1948, p. 8343 ; 18 août 1948, p. 5876 ; 21 fév 1948, p. 1161 ; 23 fév 1948, p. 1234.
48. Ibid., 195 1, pp 802, 3842, 3893 et 5086.
49. Ibid., 27 mai 1953, p. 2857.
50. Ibid., 18 oct. 1957, p. 4532.
51. Ibid., 16 mai 1958, p. 2372, puis 20 mai, p. 2402, où il réclame la paix en Algérie.
52. Il les a réunis dans une brochure : Coups de sagaie (Controverses sur l'Union française), Paris, 1957
53. Ibid , pp. 18-63.
54. Ibid., p. 61.
55. Ibid., p. 65.
56. Session budgétaire de l'Assemblée territoriale du Soudan, 1956, p. 23.
57. Une page est tournée. 211 série, notamment cours d'ouverture du Congrès MSA (11 sep. 1958), pp 23-27' 60 et 69 Voir aussi Mortimer, op. cit., p. 307.
58. La Vérité (journal du PRA, Bamako), 23 sep. 1958.
59. A propos du procès, voir Bulletin de la communauté internationale des juristes 16, 1963, pp. 3038 R. Cornevin salua la mémoire de F.D.S. dans Eurafrique 156, 1964, pp. 2-6 (avec notamment le témoignage de Birago Diop), et dans Outre-mer 2, 1965, pp. 22-23.


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